Retour vers "Regards sur la Moldavie"

Une Bessarabie convoitée et déchirée

1) Ballottée entre Turquie, Russie et Roumanie

2) Déportation, russification et soviétisation

3) Cinq cent morts lors de la guerre civile de 1992-1993

4) Relations exécrables avec Moscou

Voyage au coeur de la Transmistrie

La Gagouazie, refuge de Turcophone fuyant l'islamisation

Une Bessarabie convoitée et déchirée

Mélange de colons romains et de population locale, les Moldaves n’ont obtenu leur indépendance qu’en 1991. Leur histoire a été marquée par les occupations, déportations, et les séparations avec la Moldavie d’Etienne le Grand. L’Europe permettra-t-elle un jour à ce petit pays de trouver enfin sa vraie place ?

Les origines latines de la Moldavie datent de la période où les Romains conquirent le royaume peuplé par les Daces, qui s’étendait sur une zone correspondant à peu prés à la Roumanie, la Bulgarie, et la Serbie actuelles. De 105 à 270, la population se forma avec une culture latine, mélange des colons romains et de la population locale. Après que l’empire romain et son influence se soient affaiblis, les troupes romaines quittant la région vers 271, différents peuples ont traversé le secteur, souvent violemment : Huns, Ostrogoths, et Avars. Les Bulgares, les Magyars, les Petchénègues, et les Mongols ont également contrôlé la région temporairement. Entre les Xème et XIIIème siècles, les principautés de Valachie et de Moldavie commencèrent à se former. La région est alors sous la souveraineté hongroise jusqu’à ce qu’une principauté de Moldavie indépendante ait été établie par le prince Bogdan en 1359, s’étendant du versant oriental des Carpates au Dniestr (Nistru).

Les puissants voisins, hongrois et surtout polonais, dont la suzeraineté était reconnue par les princes moldaves aux XIVème et XVème siècles, se livrèrent à une intense lutte d’influence. Pendant la deuxième moitié du quinzième siècle, toute l’Europe du sud-est sera soumise à la pression croissante de l’empire Ottoman, et en dépit des victoires militaires significatives obtenue par Etienne le Grand (Stefan cel Mare, 1457-1504), la Moldavie succombera à la puissance Ottomane en 1512, restant sous domination des Turcs pendant les 300 années à venir.

1) Ballottée entre Turquie, Russie et Roumanie

En 1792 le traité d’Iasi força l’empire Ottoman à céder ses possessions, dont celle qui représente maintenant la Transnistrie, à l’empire russe. Au XVIIIè siècle, le Nord de la Moldavie sera incorporée à l’Empire autrichien, sous le nom de Bucovine (1774).

A la suite de la guerre russo-turque de 1806-1812, le territoire de la Moldavie actuel, situé entre le Prut et le Nistru, appelé plus tard "Bessarabie", sera annexé par l’Empire russe. A la fin de la guerre de Crimée et à la signature du traité de paix de Bucarest en 1856, le reste de la Moldavie et la Valachie reviendront à la Roumanie. Mais, la pression des Russes, notamment par le biais d’une colonisation continue, se poursuivra.

En 1917, pendant la Première Guerre Mondiale et la révolution bolchevique, les chefs politiques de la Bessarabie créèrent un Conseil national qui déclara la Bessarabie « République démocratique indépendante de Moldavie », fédérée avec la Russie. Mais en février 1918, la nouvelle république déclara son indépendance complète de la Russie et, deux mois plus tard, vota pour s’unir à la Roumanie, ce fait irritant fortement Moscou. Cette décision étant entérinée par la Conférence de Paris en 1920, la Roumanie réunira alors les trois provinces : la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie. Les Russes répliqueront en créant une République socialiste soviétique autonome de Moldavie en 1924, avec pour capitale Tiraspol (en 1929) sur le territoire de la République d’Ukraine et qui correspond à la Transnistrie actuelle.

2) Déportation, russification et soviétisation

A la suite du protocole secret du pacte germano-soviétique d’août 1939, les Soviétiques envahiront la Bessarabie en juin 1940. Celle-ci sera ensuite reprise entre 1941 et 1944 par les Roumains, devenus alors alliés de l’Allemagne. Des déportations de Juifs et de Tsiganes sont alors perpétrées en grand nombre.

En 1944, les Soviétiques annexeront la Bessarabie, créant ainsi la République socialiste soviétique de Moldavie (Bessarabie et République socialiste soviétique autonome de Moldavie), reconnue par le Traité de Paris de 1947.
Toute l’économie sera dès lors orientée vers les besoins de l’URSS. La soviétisation se traduira également par la déportation de Moldaves en Sibérie ou au Kazakhstan. Les Russes et Ukrainiens seront invités à migrer en Moldavie et particulièrement en Transnistrie. Moscou réquisitionnera de grandes quantités de produits agricoles en dépit d’une moisson faible, la petite république devenant le verger de l’URSS. Une théorie, reprise aujourd’hui par le pouvoir moldave, affirmera même que le roumain et le moldave sont deux langues différentes, le second devant s’écrire obligatoirement en cyrillique.

En principe, le différend territorial entre l’URSS et la Roumanie devait être clos puisque les deux Etats étaient communistes et amis. Les tensions ne disparurent pas pour autant, et se cristallisèrent à la fin des années 1980 par la revendication de la reconnaissance de la langue moldave enfin admise comme langue officielle en 1989.

Le Front populaire moldave verra alors le jour, le drapeau moldave sera reconnu, tout comme la souveraineté moldave le 23 juin 1990, puis l’indépendance le 27 août 1991 (fête nationale depuis). La Moldavie deviendra membre de la CEI et de l’ONU, le communiste Mircea Snegur étant le premier Président démocratiquement élu.

3) Cinq cent morts lors de la guerre civile de 1992-1993

Mais très vite, en 1992, une guerre civile éclatera entre les communautés russophone de Transnistrie et moldave. De plus, les Gagaouzes (peuple turcophone chrétien) proclameront aussi leur indépendance. La Transnistrie, soutenue par la 14ème armée russe du Général Lebed fera sécession. Un compromis sera signé en 1993, après deux ans de combats, 500 morts et des milliers de blessés. Igor Smirnov, un directeur d’usine parachuté par Moscou, sera élu président de la République de Transnistrie.
Les premières élections législatives pluralistes auront lieu en février 1994. Les Moldaves se déclareront pour le maintien d’une Moldavie indépendante de la Roumanie, dans des frontières incluant la Transnistrie.

La stabilisation toutefois est encore loin d’être acquise aujourd’hui en raison des tensions toujours vives en Transnistrie, un état non reconnu au niveau international. Par ailleurs, des partis Moldaves pro-roumain désireraient le rattachement à la Roumanie. Il est à noter qu’en 2002 la Roumanie a accordé la citoyenneté roumaine aux moldaves d’origine roumaine.

4) Relations exécrables avec Moscou


On peut donc considérer que la transition ne se passe pas bien, l’économie des années suivant l’indépendance s’effondrant. Les relations avec la Russie sont tendues, même si les deux pays n’ont pas de frontière commune. Le problème de la Transnistrie n’est pas résolu, Moscou y maintenant des troupes d’occupation, appelées pudiquement « forces d’interposition », malgré son engagement à les retirer. La frontière est souvent fermée.

Enclavée entre l’Ukraine et la Roumanie, la Moldavie n’entretenait pas non plus de bons rapports avec elles, voici encore peu, renforçant davantage son sentiment d’isolement. Le pouvoir, principalement aux mains des russophones, s’évertue à mener une politique de déroumanisation, alors que la population est aux deux tiers d’origine roumaine.

Mais en 2004, à la faveur des changements politiques intervenus à Kiev (« Révolution Orange » et Bucarest (élection de Traian Basescu), Chisinau a opéré un rapprochement avec ses deux voisins et s’est tourné vers l’UE.

La Moldavie ne peut cependant guère rêver de perspective européenne tant que les anciens communistes, reconvertis en juteux hommes d’affaires seront aux commandes d’un état corrompu, autoritaire et peu respectueux de la véritable démocratie, dirigé par un ancien général et secrétaire du PC moldave, Vladimir Voronine, élu Président de la République en 2001 et reconduit en 2005. Pourtant, c’est bien l’Europe qui pourrait permettre un jour à ce pays de se réconcilier avec l’histoire et de trouver, enfin, sa vraie place.


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