Une Bessarabie convoitée et déchirée
Voyage au coeur de la Transmistrie
La Gagaouzie, refuge de Turcophones fuyant l’islamisation
1) Obligation d’utiliser l’alphabet cyrillique sous les Soviétiques
2) Répression sanglante évitée en 1992
La Gagaouzie, refuge de Turcophones fuyant l’islamisation Ne voulant pas entendre parler d’un rattachement à la Roumanie, après l’éclatement de l’URSS, les Gagaouzes, venus de Turquie et de Bulgarie, s’apprêtaient à prendre les armes. La petite communauté se satisfait aujourd’hui de son statut d’autonomie au sein de la Moldavie. La Gagaouzie constitue une région autonome au sud de la Moldavie de 172 000 personnes. Il s’agit de l’unité administrative dite Gagaouze-Yeri (littéralement : le « lieu gagaouze ») comptant une superficie de 1831 km², c’est-à-dire 5,4 % de celle de la République de Moldavie (33 800 km²). Ce territoire morcelé est réparti en cinq districts et 31 villages situés entre l’Ukraine et la Roumanie au sud du pays. La capitale en est Comrat (32 000 habitants). Les Gagaouzes forment un peuple dont la population est d’environ 200 000 personnes au total. Bien qu’il soient dispersés dans plusieurs pays (Moldavie, Bulgarie, Roumanie, Ukraine, Kazakhstan, Turquie et Russie), l’essentiel de la population réside en Moldavie, qui représente 87 % de la population gagaouze totale, et en Bulgarie (12 000 personnes). 1) Obligation d’utiliser l’alphabet cyrillique sous les Soviétiques Quand, en 1947, la République socialiste soviétique moldave fut reconstituée, une intense russification s’ensuivit, ce qui toucha autant les Moldaves que les Gagaouzes ; les deux peuples utilisèrent, dès 1957, l’alphabet cyrillique russe pour écrire leur langue. Sous le régime soviétique, le peuple gagaouze fut privé d’écoles, sa langue fut totalement négligée et le développement culturel fut laissé pour compte. Cette situation suscita une réaction instinctive de rébellion contre toute autorité, y compris celle des Moldaves. C’est seulement à la fin des années soixante que l’enseignement du gagaouze fut introduit en Moldavie. En juin 1990, le Parlement moldave vota une déclaration de souveraineté instaurant la primauté de la Constitution moldave sur tout le territoire, ce qui incluait la Gagaouzie. Lorsque le Parlement moldave adopta l’utilisation du moldave (roumain) comme seule langue officielle de la Moldavie, les Gagaouzes exprimèrent leur mécontentement. Sous l’impulsion de Stepan Topal, le Front gagaouze commença à émerger ; les Gagaouzes fondèrent, le 19 août 1990, une République socialiste soviétique de Gagaouzie autour de la ville de Comrat. Peu de temps après, le 27 août 1991, l’indépendance de la Moldavie fut aussi proclamée. 2) Répression sanglante évitée en 1992 Aussitôt, les minorités gagaouze et russophone, craignant une union avec la Roumanie, réclamèrent l’autonomie de leurs régions. Une guerre civile éclata dans la république de Transnistrie entre les forces armées moldaves et les russophones. En 1992, le président moldave (Mircea Snegur) autorisa une intervention armée contre les rebelles gagaouzes, mais la déconfiture de l’armée moldave en Transnistrie permit d’éviter une répression sanglante en Gagaouzie. Les conflits s’achevèrent avec la conclusion d’un accord à Moscou, débouchant sur une constitution prévoyant l’autonomie de la Transnistrie et de la Gagaouzie, et leur autodétermination dans l’éventualité d’une union avec la Roumanie. Depuis 1995, les Gagaouzes ont le droit de posséder leurs propres emblèmes, et de se doter d’une assemblée législative élue et d’organismes exécutifs spécifiques. L’Etat moldave est représenté par un gouverneur, considéré comme la fonction officielle et représentant le pouvoir suprême de Gagaouzie, qui est élu directement par la population du territoire autonome pour un mandat de quatre ans. On considère que ce statut a résolu le problème politique de la Gagaouzie. Pour autant, la situation économique des Gagaouzes ne s’est pas améliorée, leur région demeurant l’une des plus pauvres du pays; l’agriculture et le secteur industriel sont mal développés. Cependant, les Gagaouzes ont su non seulement éviter un bain de sang, mais surtout faire entendre leur voix auprès des autorités moldaves. Leurs institutions fonctionnent relativement bien et ne rencontrent pas de réelles oppositions de la part des Moldaves qui respectent l’autonomie gagaouze. Les Gagaouzes s’identifient aujourd’hui comme des Moldaves aux traditions particulières et, bien qu’ils multiplient les liens avec la Turquie, ils semblent être apparemment satisfaits de pouvoir gérer leurs affaires internes tout en faisant partie de la république de Moldavie ; cela dit, le mouvement sécessionniste gagaouze n’est pas totalement disparu. |
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