... Suite Son alchimie, sans-doute, qui la rend insaisissable et qui fait de cette Bessarabie convoitée et arrachée à la Roumanie, colonisée et considérée comme une province exotique par les Soviétiques, un patchwork flanqué d’un appendice transnistrien pour mieux la russifier, devenu un véritable « sovietland » des années 2000, et d’une Gagaouzie peuplée de turcophones ayant fui l’islamisation. Sa dignité aussi… non, bien sûr, à ne pas confondre avec l’arrogance de la nomenklatura mafieuse qui met en coupe réglée le pays, mais révélatrice de la fierté silencieuse d’un peuple meurtri par l’histoire et les évènement récents, demeurant, envers et contre tout, attaché à ses racines. Oubliés par le reste du continent, humiliés par l’élite russe, dédaignés par leur grande sœur roumaine, se retrouvant seuls dans les épreuves d’une transition qui a sinistré leur économie et conduit le quart de leurs enfants à choisir l’exil, les Moldaves forcent le respect. Le visiteur ne les verra jamais se plaindre, s’étonnant constamment de ne pas palper cette grande pauvreté révélée à renfort de statistiques par les organismes internationaux. Il les entendra par contre parler de ce pays où, durant des siècles, ils ont bâti des citadelles pour défendre leurs terres et leur liberté, érigeant églises et monastères. Ses amis l’emmèneront découvrir ces campagnes magnifiques où les champs de blé envahis de coquelicots frissonnent sous le vent et où les forêts d’acacias embaument l’air. Ils le conduiront à Cricova, royaume du vin sous la terre, dans la plus grande cave souterraine d’Europe, avant d’aller se reposer au bord du Dniestr paisible. Après une agréable promenade à travers les grandes avenues et les parcs de Chisinau la Blanche, ils l’entraîneront vers sa délicieuse pâtisserie française, clin d’œil pour rappeler à leur hôte que leur pays est le plus francophone d’Europe. Certes, la Moldavie n’est pas un pays spectaculaire. Pourtant, on en part à regret, envahi par son charme étrange et le sentiment d’avoir rencontré une « Belle au bois dormant », attendant que son prince vienne la réveiller. Dolores Sirbu-Ghiran |
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