Retour vers "Regards sur la Moldavie"

Un pays à la francophonie massive

1) « Face à l’anglais, ne pas se contenter d’une victoire par défaut »

2) Systématiquement en roumain et en russe

Un pays à la francophonie massive

Ne vous trompez pas ! La Moldavie est un tout petit pays… mais la présence de la Francophonie y est massive, beaucoup plus qu’en Roumanie. Environ 2500 professeurs y enseignent notre langue alors qu’on ne compte que 87 professeurs d’allemand. D’après les dernières statistiques, que ce soit en première ou deuxième langue, 57 % des enfants y apprennent le français, lequel caracole loin en première place. Ce pourcentage est de 40 % dans les villes où les Russes se concentrent et grimpe à 80 % dans les campagnes, à population roumaine dominante.

Mais pourquoi donc cette niche du français dans une ancienne république soviétique ? Certainement parce que en Moldavie, terre roumaine, la présence du français y était historique. Mais aussi, sans-doute, parce que ce petit pays, apparaissant exotique à bien des égards aux lointaines autorités de Moscou, a bénéficié d’un traitement à part, plus indulgent. Il faut également se souvenir que les autorités soviétiques avaient « spécialisé » leurs républiques : en dehors du russe, obligatoire, les Baltes apprenaient l’allemand, d’autres l’anglais ou l’espagnol. Le français avait ainsi échu à la Moldavie et à la Georgie…

1) « Face à l’anglais, ne pas se contenter d’une victoire par défaut »

Olivier Jacquot, diplomate français en poste à Chisinau, chargé d’animer le service culturel de l’ambassade mais aussi de piloter l’Alliance française relativise cette omniprésence de notre langue : « C’est un peu une victoire par défaut. Dans ce pays où un habitant sur quatre émigre, dès qu’on parle anglais on part à l’étranger et les Moldaves ont beaucoup de mal à trouver des professeurs d’anglais compétents, alors il n’y a guère d’autre choix que le français qui est davantage épargné par ce phénomène ».

Pour autant, aux yeux du diplomate, la francophonie ne doit pas se contenter d’une situation de repli, faussement confortable mais, au contraire, impulser une politique dynamique au rang de laquelle figure, au premier plan, la formation des professeurs, un corps vieillissant, comme en Roumanie, et dont le renouvellement n’est pas assuré. Le service culturel de l’ambassade et l’Alliance française se sont donc fixés comme objectif prioritaire de soutenir les enseignants de notre langue, intensifiant et modernisant leur formation, afin de ne pas se cantonner aux sempiternels Edith Piaf, Charles Aznavour et Tour Eiffel.

Au cœur de Chisinau, la médiathèque française, animée par 3 Français, 12 Moldaves, emploie 25 professeurs de français. On y trouve livres, revues, vidéos, Internet, TV 5, etc… C’est le seul établissement étranger de ce genre dans la capitale. Il est souvent difficile d’y trouver une place, surtout en hiver… car c’est l’unique bibliothèque chauffée de la capitale. Les trois autres grandes villes universitaires du pays, Balti, Cahul, et même Tiraspol, dans la Transnistrie sécessionniste, disposent d’Alliances Françaises, plus modestes, mais proposant une gamme importante de facilités. Enfin, cinq villes moyennes, Ungheni, Nisporeni, Holercani, Bobeica et Causeni, assurent le rôle d’antennes.


2) Systématiquement en roumain et en russe

La moitié de l’argent dépensé sur place par la France pour la Francophonie est consacré aux bourses d’études avec le but affiché de former les élites. Près de 200 étudiants déjà diplômés ou chercheurs ont été envoyés en France en 2004, pour des stages allant de un mois à trois ans. « Nous avons quinze demandes pour une place » reconnaît Olivier Jacquot qui note que les candidatures concernent essentiellement les sciences exactes, dont l’enseignement était développé dans l’ancienne URSS, et peu les sciences sociales, peu considérées sous ce régime. Il s’agit toujours de formations complémentaires, au niveau du doctorat ou de l’équivalent, la formation de base étant de bon niveau sur place.

Pour être offensive, la Francophonie se doit aussi d’être attractive. Elle se veut un outil pour s’ouvrir à d’autres domaines : la sociologie, la psychologie, mais aussi l’agriculture. La suppression de « La France agricole » du présentoir de la médiathèque a provoqué des vagues, amenant son rétablissement, car il s’agissait de la seule revue spécialisée disponible en Moldavie.

La France est le seul pays qui organise un festival du film étranger. L’entrée y est quasiment gratuite et les salles sont archi-combles. L’exercice n’est pas du plus simple car les films doivent être sous-titrés aussi bien en roumain qu’en russe, pour ne pas tenir à l’écart les 600 000 Russophones que compte le pays. D’ailleurs, à la médiathèque, tout est systématiquement présenté dans les trois langues, afin d’éviter les impairs.

Ici, la semaine de la Francophonie est un événement et dure une dizaine de jours. Plus de 200 rendez-vous francophones sont proposés à travers le pays allant de conférences sur Jules Verne et Marguerite Yourcenar à des représentations théâtrales, des concours de grammaire, des « dictées pour tous », des récitals de chansons (« La cause des femmes en chantant » d’après les chansons de Joë Dassin), des tables rondes sur la bioéthique et la médecine humaine, des séminaires dans les lycées sur la contraception et les maladies sexuellement transmissibles, etc. Tout est mis en œuvre pour faire participer les Moldaves, élèves, jeunes, enseignants, adultes…

S’inspirant de l’initiative de la ville d’Aix en Provence, le service culturel français prépare également « Les nuits pianistiques de Moldavie », événement musical qui fera appel aux nombreux talents moldaves et à son orchestre national.
Une façon de briser l’isolement

La plus petite ambassade de France à l’étranger - seulement trois diplomates en poste, l’ambassadeur, le Premier secrétaire, le conseiller culturel - est donc amené à multiplier les initiatives pour défendre le pré-carré de la Francophonie. Son action s’étend également à la coopération institutionnelle (formation de juristes, etc…), technique et s’élargit au secteur médical-humanitaire.

Cette activité a pris de l’ampleur depuis fin 2003, quand l’ambassade a reçu un statut à part entière. Jusque là, elle faisait partie des trois ambassades itinérantes, avec Asmara en Erythrée et Oulan-Bator en Mongolie extérieure, que compte la France à travers le monde, leurs ambassadeurs partageant leur temps entre Paris et ces pays.

La Moldavie, 4,5 millions d’habitants, dont un million partis à l’étranger et 500 000 vivant en Transnistrie méritait bien cet effort. Mais ce pays y trouve aussi son compte. En mauvais termes ou en délicatesse avec l’ensemble de ses pays voisins, la Russie, la Roumanie, l’Ukraine, et en conflit avec la Transnistrie, Chisinau paraît bien isolée et la Francophonie lui ouvre un espace. Son président n’a pas manqué de sauter sur cette occasion. Lui, qui se déplace rarement, vient assister au concert inaugural de la semaine de la Francophonie. Présent au sommet francophone de Beyrouth, en 2002, envoyant son Premier ministre le représenter à Ouagadougou, en 2006… il a d’ores et déjà posé la candidature de son pays à l’organisation du sommet prévu en 2012.


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